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A lawmaker in a mask depicting Chinese President Xi Jinping protests as Hong Kong Chief Executive Carrie Lam attempts to deliver her annual policy address, at the Legislative Council in Hong Kong, China, October 16, 2019. REUTERS/Kim Kyung-Hoon     TPX IMAGES OF THE DAY
A lawmaker in a mask depicting Chinese President Xi Jinping protests as Hong Kong Chief Executive Carrie Lam attempts to deliver her annual policy address, at the Legislative Council in Hong Kong, China, October 16, 2019. REUTERS/Kim Kyung-Hoon TPX IMAGES OF THE DAY

La Chine dénonce un «complot» américain à Hongkong

Pékin accuse les États-Unis de «violemment interférer» dans ses «affaires intérieures» à Hongkong après le vote mardi, par la Chambre des représentants, d’un projet de loi volant au secours des manifestants prodémocratie dans l’ancienne colonie britannique.

Le Congrès américain jette une pierre dans le jardin de la Chine communiste, à la rescousse des manifestants prodémocratie d’Hongkong, et déclenche la colère froide de la seconde puissance mondiale. Pékin exprime son «extrême indignation» après le vote mardi 15 octobre à l’unanimité par la Chambre des représentants, à Washington, d’un projet de loi offrant un droit de regard aux États-Unis sur la situation politique à Hongkong, en pleine guerre commerciale avec l’Administration Trump. Dénonçant un «complot politique», le régime accuse les États-Unis «d’interférer violemment dans les affaires intérieures chinoises, soutenant ouvertement les forces radicales» par la voix de Yang Guang, porte-parole en charge des affaires d’Hongkong et Macao.

Le passage de ce projet de loi, soutenu en personne au Congrès par l’activiste Joshua Wong, icône du «mouvement des parapluies» fait figure de chiffon rouge aux yeux de Pékin, en pleine fièvre nationaliste, au lendemain du 70e anniversaire de la Chine communiste, et alors que l’opinion continentale est révulsée par les violences commises par les manifestants les plus radicaux. «Ce texte est une gifle pour les relations sino-américaines, dans le contexte de la guerre commerciale», juge Shi Yinhong professeur à l’Université Renmin, à Pékin. Les parlementaires américains ont ouvertement ignoré la mise en garde implicite du président Xi Jinping, lancée ce dimanche, en visite au Népal, le long de la frontière Tibétaine. «Quiconque se livre au séparatisme dans une quelconque partie de la Chine sera réduit à l’état de poussière et taillé en pièces», avait déclaré le dirigeant, alors que la police d’Hongkong multiplie les arrestations. «Toute force extérieure qui soutient la scission de la Chine se berce d’illusion», avait ajouté Xi, alors que les médias officiels présentent les manifestants hongkongais comme manipulés par les «forces hostiles» occidentales.

Ce texte, qui doit encore être discuté au Sénat, avant son éventuelle promulgation par le président Donald Trump, menace le statut économique spécial accordé par Washington à l’ancienne colonie britannique depuis 1992, et lui épargnant notamment les tarifs douaniers imposés à la Chine continentale dans le cadre la guerre commerciale. Le projet de loi soutenu de façon bipartisane par démocrates et républicains conditionne le maintien des privilèges de la plaque tournante financière à une situation convenable en matière de droits civils à Hongkong, en imposant une revue annuelle par le Département d’État. Il prévoit également des sanctions pour tout responsable qui abolirait «des libertés fondamentales» dans ce territoire semi-autonome, et interdit l’exportation de tout matériel anti-émeute, qui pourrait être utilisé contre les manifestations prodémocratie, parfois violentes qui font rage dans l’île depuis quatre mois.

Le texte qui devrait jouir d’une majorité bipartisane au Sénat selon les experts, menace de placer Hongkong au cœur du bras de fer stratégique sino-américain. Il offre un coup de pouce aux manifestants au moment où l’ampleur de la mobilisation diminue, émaillées de violences croissantes contre les intérêts continentaux, après dix-neuf semaines de crise déclenchée par le projet de loi d’extradition judiciaire de Carrie Lam, la cheffe de l’exécutif, affaiblie.

Le Congrès accentue également la pression sur le président Trump, qui possède un droit de veto sur le texte, et qui a jusqu’ici usé modérément de la carte d’Hongkong, de peur de mettre en péril ses négociations commerciales avec la seconde économie mondiale. L’hôte de la Maison-Blanche ambitionne de conclure la phase 1 d’un accord avec Xi, en novembre, après un round de négociation la semaine dernière à Washington qui a permis d’enrayer l’escalade tarifaire, à défaut d’aplanir les différences de fond.

Mais, certains jugent que le passage du Hongkong Human Rights and Democracy Act pourrait s’avérer contre-productif à terme, en offrant sur un plateau à Pékin son souhait le plus secret: la fin du statut spécial de l’île garanti jusqu’en 2047, suite à un traité passé avec l’ancien colon britannique, lors de sa rétrocession à la Chine, en 1997. «Ce serait une énorme erreur, qui punira les mauvaises personnes. Les Pékinois danseront dans la rue!», juge Susan Thornton, ancienne haut diplomate américaine de l’administration Trump, dans une interview au South China Morning Post.

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